Dans cet article
- Quatre façons d’écouter, quatre résultats différents
- Un livre audio entier peut-il être utilisé en bibliothérapie ?
- Pourquoi je reste fidèle au livre papier dans mes accompagnements ?
- Un parti pris engageant…
- Là où le livre audio prend tout son sens
- Et la liseuse, dans tout ça ?
- Alors, livre papier ou livre audio : comment choisir ?
Le livre audio n’a jamais autant progressé en France : selon le baromètre 2026 de la Sofia, du SNE et de la SGDL, réalisé par Médiamétrie, la part des 15-80 ans qui écoutent des livres audio a doublé en deux ans, passant de 8 % en 2023 à 16 % en 2025, et le pays compte désormais près de 10 millions d’audiolecteurs (source : idboox, « Baromètre 2026 – Usage de la lecture en France »). La question revient donc tout naturellement, et de plus en plus souvent, dans mes accompagnements en bibliothérapie : est-ce que le livre audio peut remplacer le livre papier ? Plutôt que de répondre par une conviction apprise en formation sans l’avoir vérifiée moi-même, j’ai décidé de la tester, sous plusieurs formes, avant de trancher.
Quatre façons d’écouter, quatre résultats différents
Pour répondre honnêtement à cette questions, j’ai testé l’écoute d’un roman que j’avais choisi pour une problématique personnelle précise, sous quatre configurations distinctes, aussi proches que possible de ce que mes clientes pourraient elles-mêmes expérimenter.
- Allongée, le soir, avant de dormir : conditions idéales en apparence, esprit apaisé, voix de la narratrice enveloppante. Résultat : je me suis endormie avant la fin du passage, et je n’ai rien retenu du texte.
- En voiture, comme un podcast : j’ai porté mon attention sur l’histoire au départ, puis je me suis progressivement laissée capter par la conduite. J’ai perdu le fil du récit sans arrêter l’écoute, avec un besoin constant de revenir en arrière pour comprendre ce que j’avais manqué.
- En réalisant une tâche manuelle (faire mes cartons pendant mon déménagement) : je pensais pouvoir traiter plusieurs informations à la fois, l’idée n’a pas tenu à l’épreuve. Je me suis attachée au personnage, mais sans ressentir de véritable résonance avec le texte.
- Assise, en journée, dix minutes dédiées, sans autre sollicitation : seule configuration où j’ai senti une différence nette. Mon écoute est devenue consciente, j’ai perçu les mots, les intonations, la vibration du texte, et certains passages ont réellement fait écho en moi.
Ce qui s’est réellement passé à la fin de cette « lecture audio » ? Je l’ai acheté en papier, parce que les passages qui m’avaient marquée à l’oral, j’avais besoin de les relire à l’écrit. J’ai eu besoin que mon regard les imprime pour qu’il se passe réellement quelque chose, et que j’arrive enfin à me « connecter » à un ressenti, un personnage, une douleur, une émotion.
Mon analyse finale. J’ai fait le constat que la forme d’écoute la plus « expérientielle » était finalement celle pratiquée en bibliothérapie : écouter des « passages ». Car oui, c’est ce que j’ai fait au final, j’ai écouté des passages de dix minutes, de temps en temps. Mais derrière, j’ai eu besoin de lire, d’écrire, d’encrer les mots sur un carnet. J’ai expérimenté cette lecture comme une réelle alternative, et aujourd’hui je sais, car je veux ressentir et vivre tout ce que je peux conseiller à mes clientes, qu’écouter un livre entier en bibliothérapie ne produira jamais les mêmes effets que le lire, réellement, de ses propres yeux.
Un livre audio entier peut-il être utilisé en bibliothérapie ?
Cette question du support rejoint un principe que j’ai appris dès ma formation en bibliothérapie : la lecture à voix haute fait partie intégrante de la pratique, mais elle ne ressemble pas à l’écoute d’un livre audio en entier. En atelier, je travaille sur des passages choisis, quelques minutes de texte, jamais un roman du début à la fin. Un atelier de bibliothérapie n’est pas un club de lecture, et ce n’est pas non plus une séance d’écoute passive : les deux poursuivent des objectifs différents.
Cette distinction éclaire le résultat de mon test. La seule configuration d’écoute qui a produit un effet comparable à une lecture thérapeutique est aussi la plus proche de ce principe : un temps court, dédié, choisi pour une intention précise, et non un format long consommé en continu. Ce n’est donc pas le son en lui-même qui manque d’effet, c’est la durée et l’intention qui changent tout. Si vous découvrez tout juste ce qu’est la bibliothérapie, l’article « Lire beaucoup n’a rien à voir avec la bibliothérapie » pose les bases de cette approche.
Pourquoi je reste fidèle au livre papier dans mes accompagnements ?
Pour chaque roman que je choisis avec mes clientes, je leur demande de le lire en version papier, même pas sur liseuse : la perception haptique, c’est-à-dire la perception par le toucher, y joue un rôle que l’écran et l’audio ne reproduisent pas. La chercheuse Anne Mangen, spécialiste de la lecture à l’université de Stavanger, a documenté cette dimension physique de la lecture : le poids d’un livre, la sensation de tourner une page, la perception tactile de l’avancée dans l’histoire participent à la façon dont un texte se construit et se retient dans la mémoire (source : Mangen, Digitization, Reading, and the Body, Routledge, 2020).
C’est exactement ce qui s’est vérifié dans mon test : même ma configuration d’écoute la plus réussie s’est soldée par un besoin de revenir au papier pour les passages marquants. L’oreille peut faire remonter une émotion, mais c’est l’œil, et le contact physique avec la page, qui semblent nécessaires pour l’ancrer durablement.
Un parti pris engageant…
Je l’affirme avec conviction : pour moi, écouter un livre n’est pas lire. La concentration demandée n’est pas la même, et les ressentis non plus. J’en reviens alors au même : écouter un livre audio pour le plaisir, parce qu’on manque de temps pour lire réellement, c’est une belle alternative. Mais pour travailler sur soi en profondeur, comme je le fais avec mes clientes dans mes programmes, je ne l’expérimenterai pas. En bibliothérapie, c’est « l’expérience » de la lecture qui est fondamentale, et c’est à partir de là que la « forme » commence à réellement avoir son importance.
Là où le livre audio prend tout son sens
Cette préférence pour le papier dans mes accompagnements ne fait pas du livre audio une mauvaise option en soi. Je le recommande dans cretaines situations et il est parfois une porte d’entrée puissante pour des personnes traversant un épuisement sévère, un burn-out ou une dépression, pour qui l’effort de concentration qu’exige une lecture papier est hors de portée à ce moment précis. C’est vrai aussi pour les personnes dyslexiques ou ayant des troubles de la lecture, chez qui décoder le texte génère plus de stress que de soulagement, ainsi que pour les personnes ayant des troubles visuels.
Dans ces situations, le livre audio permet de garder un lien avec la littérature là où le papier deviendrait, pour un temps, un obstacle plutôt qu’un outil.
Et la liseuse, dans tout ça ?
Entre le papier et l’audio, il existe un troisième format que mes clientes me citent souvent : la liseuse à encre électronique. D’un point de vue purement visuel, elle se rapproche davantage du papier que d’un écran classique. Une étude menée par des chercheurs des universités Paris 8 et Paris 6 a comparé la fatigue oculaire sur trois supports : une liseuse à encre électronique, une tablette à écran LCD, et un livre papier. Résultat : la lecture sur écran LCD provoque une fatigue visuelle nettement supérieure aux deux autres supports, alors qu’aucune différence significative n’apparaît entre la liseuse à encre électronique et le papier (source : Benedetto et al., E-Readers and Visual Fatigue, PLOS ONE, 2013). Les participants de cette étude ont d’ailleurs, malgré tout, nettement préféré le livre papier.
Cela ne règle pas la question de la perception haptique, puisqu’une liseuse n’offre ni le poids, ni le grain, ni la sensation de tourner une vraie page. Mais sur le seul plan du confort de lecture, elle reste une option bien plus proche du papier que ne l’est un smartphone ou une tablette rétroéclairée, ce qui en fait, (pour moi), un format plus acceptable quand le papier n’est pas disponible, sans pour autant remplacer le contact physique avec un livre dans un travail de bibliothérapie structuré.
Alors, livre papier ou livre audio : comment choisir ?
Le choix dépend surtout de ce que vous attendez de votre lecture à un moment donné.
Si vous traversez une période marquée par un événement précis, comme un deuil, une rupture, une fin d’activité professionnelle compliquée, et que vous aimez annoter, relire certains passages ou revenir sur certains mots, le format papier sera sûrement votre meilleur allié. On garde plus facilement en mémoire une phrase, et le rythme plus posé laisse le temps aux émotions de se déposer.
Si vous traversez une période d’épuisement ou d’anxiété et que vous cherchez une présence plutôt qu’une réflexion, la voix d’un narrateur peut vous offrir ce que la lecture papier ne peut pas vous donner : l’impression d’avoir quelqu’un près de vous, qui vous accompagne et vous apaise.
Et si c’est le format lui-même qui vous empêche de lire, quelle qu’en soit la raison, le meilleur choix reste celui qui vous permet de renouer avec la lecture, livre papier ou livre audio.
Je l’écris partout : la lecture seule a des bienfaits. La bibliothérapie a des effets. Pour un accompagnement construit sur mesure autour d’un chemin de lecture précis, je vous présente ma méthode L.C.E. et mes Readbooks sur leurs pages dédiées.
La lecture seule a des bienfaits. La bibliothérapie a des effets.
Encore faut-il lui laisser assez d'espace pour qu'elle les exprime.